Page:Aimard - La Loi de Lynch, 1859.djvu/254

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vous êtes résolu à essayer cette tentative insensée ?

— Je le suis.

— Mais c’est tenter Dieu !

— Non, c’est lui demander un miracle, voilà tout. Croyez-moi, mon ami, Dieu n’abandonne jamais ceux qui se confient à lui sans arrière-pensée ; il nous viendra en aide.

— Mais… fit l’hacendero.

Valentin l’interrompit vivement.

— Assez, dit-il ; vous avez juré de m’obéir ; moi, j’ai juré de vous sauver ; tenez votre serment comme je tiendrai le mien.

Ses compagnons, dominés malgré eux par Valentin, courbèrent la tête sans répondre.

— Frères, dit le chasseur, prions, afin que Dieu ne nous abandonne pas !

Et, donnant l’exemple, il tomba à genoux sur le rocher ; ses compagnons l’imitèrent.

Il y avait quelque chose de grand et de sublime dans le tableau que formaient ces cinq hommes pieusement agenouillés sur cette plate-forme dans la nuit sombre, au milieu de cette nature abrupte, suspendus au-dessus de l’abîme qui grondait sous leurs pieds, et qui, les yeux levés vers le ciel, imploraient celui seul qui pouvait les sauver dans la lutte suprême qu’ils allaient entreprendre.

Au bout d’un instant, Valentin se redressa.

— Ayez espoir, dit-il.

Le chasseur s’avança jusqu’à l’extrémité de la plate-forme et se pencha sur l’abîme, les yeux fixés devant lui avec une ténacité étrange.

Ses compagnons suivaient ses mouvements sans y rien comprendre.