Page:Aimard - La Loi de Lynch, 1859.djvu/273

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Le peu d’eau qui restait avait, d’un commun accord, été réservée pour Ellen.

La jeune fille s’était défendue d’accepter ce sacrifice ; mais la soif la prenait à chaque instant davantage, et, vaincue par les prières de ses compagnons, elle avait fini par accepter.

Ceux-ci n’avaient trouvé d’autre moyen pour étancher la soif qui les dévorait que de fendre les oreilles de leurs chevaux et de boire le sang au fur et à mesure qu’il coulait.

Puis ils avaient tué un cheval. Pas plus que leurs maîtres, les pauvres animaux ne trouvaient de nourriture. La chair rôtie de ce cheval les avait aidés, tant bien que mal, à passer quelques jours.

Bref, les quatre chevaux avaient été dévorés à la suite l’un de l’autre.

Maintenant il ne restait plus rien aux aventuriers. Non-seulement il ne leur restait plus rien, mais depuis deux longs jours ils n’avaient pas mangé.

Aussi gardaient-ils un lugubre silence, en se jetant à la dérobée des regards farouches et se plongeant de plus en plus dans de sinistres réflexions.

Ils sentaient la pensée tournoyer dans leur cerveau, leur échapper peu à peu, et le délire s’emparer d’eux ; ils sentaient approcher le moment où ils ne seraient plus maîtres de leur raison et deviendraient la proie de l’affreuse calenture qui déjà serrait leurs tempes comme dans un étau et faisait miroiter devant leurs yeux brûlés de fièvre les plus effrayants mirages.

C’était un spectacle navrant que celui qu’offraient autour de ce feu mourant, dans ce désert d’un aspect morne et sévère, ces trois hommes étendus sans force et presque sans courage auprès de cette jeune fille