Page:Aimard - La Loi de Lynch, 1859.djvu/275

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sentez donc bien près de la mort que vous avez si peur ? Dieu ! misérable ; réjouissez-vous qu’il n’y en ait pas, au lieu de l’appeler à votre aide : car s’il existait réellement, depuis longtemps il vous aurait foudroyé.

— Bien parlé, moine, fit Nathan. Allons, la paix ! Si nous devons mourir ici comme des chiens que nous sommes, mourons au moins tranquilles ; ce n’est pas trop demander, je suppose.

— Oh ! que je souffre ! murmura Sutter en se tordant avec rage sur la terre.

Ellen se leva.

Elle s’approcha doucement de son frère, et portant à ses lèvres le goulot de l’outre dans laquelle restaient quelques gouttes de l’eau qu’on lui avait abandonnée.

— Buvez, lui dit-elle.

Le jeune homme fit un mouvement pour s’emparer de l’outre ; mais au même instant il la repoussa en secouant négativement la tête.

— Non, fit-il avec tristesse, gardez cela, ma sœur ; c’est votre vie que vous me donnez.

— Buvez, je le veux, reprit-elle avec autorité.

— Non, répondit-il fermement, cela serait lâche ! Oh ! je suis un homme, moi, ma sœur ; je puis souffrir.

Ellen comprit que ses instances seraient inutiles, elle savait l’affection presque superstitieuse que lui portaient ses frères ; elle retourna auprès du feu.

Arrivée là elle s’assit, prit trois vases de corne de buffle qui servaient de gobelets, les emplit d’eau et les posa devant elle ; ensuite elle saisit un couteau à lame longue et aiguë et en appuya la pointe sur l’outre,