Page:Aimard - La Loi de Lynch, 1859.djvu/316

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— Oh ! soyez tranquille, don Miguel, je connais la chasse à l’ours ; celui-ci ne s’attend certainement pas à ce que je lui prépare.

— Pourvu que vous ne manquiez pas votre coup ! nous serions perdus, mon ami, observa don Miguel.

— Pardieu ! je le sais bien ; aussi je vais prendre mes mesures en conséquence.

Curumilla, impassible comme toujours, avait coupé un morceau de bois-chandelle, et s’était caché dans les buissons a quelques pas à peine du fauve.

L’ours, après un moment d’hésitation pendant lequel il promena autour de lui un regard étincelant d’un feu sombre, comme s’il eût voulu se rendre compte du nombre d’ennemis qu’il avait à combattre, avait poussé un second grognement en passant sur ses lèvres une langue rouge comme du sang.

— C’est cela, dit Valentin en riant, pourlèche-toi, mon gaillard ; seulement je t’avertis que tu te hâtes trop de te faire fête : tu ne nous tiens pas encore.

L’ours parut sensible à cette bravade, il fit un effort, et bientôt sa tête monstrueuse apparut complètement à découvert un peu au-dessus du niveau de la plate-forme.

— Quand je vous disais qu’il avait trop dîné ! reprit le chasseur. Voyez quelle difficulté il éprouve pour se mettre en mouvement ! Allons donc, paresseux, ajouta-t-il en s’adressant au terrible animal, remue-toi donc un peu !

— Prenez garde ! cria don Miguel.

— Il va sauter sur vous, fit don Pablo avec angoisse.

En effet, l’ours, par un mouvement brusque et rapide comme l’éclair, avait d’un bon gigantesque