Page:Aimard - La Loi de Lynch, 1859.djvu/318

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Le chasseur sifflait toujours ; les spectateurs de cette scène retenaient leur respiration, tant ils étaient intéressés malgré eux aux étranges péripéties de ce duel terrible entre l’intelligence et la force brutale.

Cependant ils avaient la main sur leurs armes, prêts à venir en aide à leur ami dès qu’ils le verraient en danger.

Valentin était calme, sifflant doucement l’ours qui, peu à peu et comme malgré lui, tournait la tète de son côté.

Curumilla, sa torche ardente à la main, suivait attentivement tous les mouvements de l’animal.

L’ours fît enfin face au chasseur ; il n’en était éloigné que de quelques pas ; Valentin sentait sa chaude et fétide haleine qui sortait de sa poitrine oppressée avec de sourds rauquements.

L’homme et le fauve se dévoraient du regard ; l’œil injecté de sang de l’ours était comme rivé sur celui du Français qui le regardait intrépidement en continuant à siffler doucement.

Il y eut une minute, un siècle d’anxiété suprême.

L’ours, comme pour échapper à la fascination étrange qui s’emparait de lui, secoua la tête à deux reprises différentes et s’élança en avant en poussant un hurlement terrible.

Au même instant un coup de feu retentit.

Don Miguel et son fils accoururent.

Valentin, la crosse de son rifle posée en terre, riait insoucieusement, tandis qu’à deux pas de lui le terrible animal poussait des hurlements de rage et se tordait dans les dernières convulsions de l’agonie.

Curumilla, le corps penché en avant, suivait cu-