Page:Aimard - La Loi de Lynch, 1859.djvu/345

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— Koutonepi serait-il l’ennemi de mon père ? demanda-t-il avec étonnement.

— Bien au contraire, se hâta de répondre Nathan ; les hommes protégés par le Wacondah n’ont pas d’ennemis, mon fils le sait ; la joie que j’ai éprouvée en entendant prononcer ce nom a causé l’émotion que mon fils a remarquée.

— Il faut que mon père ait de puissantes raisons pour avoir manifesté tant de surprise.

— J’en ai, en effet, de bien fortes, répondit le prétendu sorcier avec une feinte exaltation : Koutonepi a sauvé la vie à ma mère.

Ce mensonge fut fait avec un si magnifique aplomb et un air de profonde conviction si bien joué, que l’Indien fut convaincu et s’inclina respectueusement devant le prétendu sorcier.

— Alors, dit-il, je suis certain que mon père ne regardera pas à se déranger quelque peu de sa route pour voir celui auquel il est attaché par des liens de reconnaissance aussi forts ; car il est probable que nous rencontrerons Koutonepi au camp de l’Unicorne.

Nathan fit la grimace ; ainsi qu’il arrive ordinairement aux fourbes, qui pour dissiper à tout prix les soupçons veulent trop prouver, il s’était enferré ; maintenant il comprit que sous peine de se rendre de nouveau suspect il lui fallait subir les conséquences de son mensonge et aller en avant quand même.

L’Américain n’hésita pas, il se fia à son étoile pour le sortir du mauvais pas dans lequel il s’était mis. Le hasard est surtout le dieu des bandits ; c’est sur lui qu’ils comptent, et nous sommes forcés d’avouer qu’il les trompe rarement.