Page:Aimard - La Loi de Lynch, 1859.djvu/347

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Nathan se conformant alors à son rôle de sorcier, prit une calebasse, la remplit d’eau, et y trempant une branche d’absinthe, il aspergea les quatre airs de l’horizon en murmurant des paroles mystérieuses, afin de chasser l’esprit du mal ; il jeta ensuite le contenu de la calebasse vers le soleil, en criant à haute voix, à trois reprises différentes :

— Soleil, reçois cette offrande ; vois-nous d’un œil favorable, nous sommes tes enfants.

Dès que cette cérémonie fut terminée, les Indiens se mirent joyeusement en route.

L’incantation du sorcier leur avait fait plaisir, d’autant plus qu’au moment du départ quatre aigles à tête chauve, déployant leurs larges ailes, s’étaient lentement élevés à leur droite, montant en ligne directe vers le ciel, où bientôt ils ne tardèrent pas à disparaître à une prodigieuse hauteur.

Les présages étaient donc on ne peut plus favorables, et le sorcier avait subitement acquis une énorme importance aux yeux des superstitieux Comanches.

Cependant deux personnes conservaient contre cet homme des préventions qu’elles ne pouvaient vaincre.

Ces deux personnes étaient le Rayon-de-Soleil et la mère du chasseur.

Malgré elles, à chaque instant elles dirigeaient les yeux vers le sorcier qui, averti par une espèce d’intuition de l’inquisition dont il était l’objet, se tenait à une distance respectueuse, marchant en tête de la troupe, aux côtés de l’Araignée, avec lequel il conversait à voix basse, afin de le retenir près de lui et de l’empêcher ainsi d’aller retrouver les deux femmes,