Page:Aimard - La Loi de Lynch, 1859.djvu/353

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Nathan tressaillit.

— Si elle m’a reconnu, je suis perdu, dit-il.

Ce cavalier était la Gazelle blanche. Les Comanches la saluaient au passage ; elle se dirigeait vers la hutte de l’Unicorne.

— Je suis dans la gueule du loup, reprit Nathan, ma présomption causera ma perte. Il est une chose que l’homme ne peut déguiser, c’est le regard : la Gazelle me connaît trop bien pour s’y tromper ; tâchons de nous évader s’il en est temps encore.

Nathan était un homme trop résolu pour se désespérer inutilement ; il ne perdit pas un seul instant en vaines lamentations ; au contraire, avec cette lucidité d’inspiration que donne le danger aux gens courageux, il calcula en quelques secondes les chances de succès qui lui restaient et se prépara à soutenir une lutte désespérée. Il savait trop de quel horrible supplice il était menacé pour ne pas défendre sa vie jusqu’à la dernière extrémité.

Sans s’arrêter, sans changer de pas ni d’allure, il continua à marcher dans la direction qu’il suivait, rendant au passage les saints que lui adressaient les guerriers.

Il arriva ainsi sans être inquiété jusqu’à l’extrémité du camp. Il n’osait tourner la tête pour savoir ce qui se passait derrière lui ; mais son oreille exercée épiait tous les bruits suspects ; rien en apparence ne venait corroborer ses appréhensions, le camp était toujours plongé dans le même repos.

— Je me suis trompé, murmura-t-il, elle ne m’a pas reconnu ; mon déguisement est bon, je me suis trop hâté d’avoir peur ; il vaudrait peut-être mieux rester. Ma foi non, ajouta-t-il au bout d’un