Page:Aimard - La Loi de Lynch, 1859.djvu/403

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— Depuis que ce bandit est cerné dans la montagne, sans espoir d’échapper, j’ai été, par mon oncle, chargée, le moment venu, de vous prier de lui céder cette capture.

— Mais s’il le laissait échapper ? dit-il.

Elle sourit avec une expression indéfinissable.

— C’est impossible, répondit-elle ; vous ne savez pas ce que c’est qu’une haine de vingt ans.

Elle prononça ces paroles avec un accent qui, tout brave qu’il était, fit, malgré lui, frémir le chasseur.

Valentin, ainsi qu’il le disait, aurait, sans hésiter, tué le Cèdre-Rouge comme un chien si, dans un combat, le hasard les avait placés face à face les armes à la main ; mais il répugnait à ses sentiments de loyauté, à la noblesse de son cœur, de frapper un ennemi désarmé, quelque vil et quelque indigne que fût cet ennemi.

Tout en reconnaissant intérieurement la nécessité d’en finir une fois pour toutes avec cette bête fauve à face humaine nommée le Cèdre-Rouge, il n’était pas fâché qu’un autre que lui assumât la responsabilité d’un tel acte et fît l’office de bourreau.

La Gazelle blanche l’examinait attentivement et suivait avec anxiété sur son visage les divers sentiments qui l’agitaient, cherchant à deviner sa résolution.

— Eh bien ? lui demanda-t-elle au bout d’un instant.

— Que faut-il faire ? répondit-il.

— Me laisser agir, resserrer le blocus de façon à ce qu’il soit impossible à notre ennemi de passer quand même il prendrait la forme d’un chien des prairies, et attendre sans bouger.