Page:Aimard - La Loi de Lynch, 1859.djvu/408

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


— Ne songez pas à moi, mon père, reprit-elle, sauvez-vous ; abandonnez-moi ici.

— T’abandonner ! s’écria-t-il avec rage, jamais ! dussé-je mourir ! non, non ! je te sauverai !

— Que puis-je craindre de ces hommes auxquels je n’ai jamais fait de mal, reprit-elle ; ils auront pitié de ma faiblesse.

Le Cèdre-Rouge poussa un ricanement ironique.

— Demande aux jaguars s’ils ont pitié des antilopes, dit-il ; tu ne connais pas les sauvages, pauvre enfant ! Ils te tueraient en te torturant avec une joie féroce.

Ellen soupira et baissa la tête sans répondre.

— Le temps se passe ; prenons un parti, répéta Fray Ambrosio.

— Allez au diable ! lui dit brutalement le squatter, vous êtes mon mauvais génie.

— Que les hommes sont ingrats ! fit le moine avec ironie en levant hypocritement les yeux au ciel ; moi qui suis votre ami le plus cher !

— Assez !… dit le Cèdre-Rouge avec force ; nous ne pouvons rester ici plus longtemps, retournons sur nos pas.

— Encore ?

— Connaissez-vous un autre chemin, démon ?

Ils reculèrent.

— Où est Nathan ? demanda tout à coup le squatter ; est-ce qu’il s’est laissé choir ?

— Pas si bête, fit le jeune homme en riant, mais j’ai changé de costume.

Il écarta les feuilles qui le cachaient ; ses compagnons poussèrent un cri d’étonnement.

Nathan était recouvert d’une peau d’ours, moins la tête qu’il portait à la main.