Page:Aimard - La Loi de Lynch, 1859.djvu/409

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— Oh ! oh ! fit le Cèdre-Rouge, voilà une heureuse trouvaille ; où as-tu volé cela, garçon ?

— Je n’ai eu que la peine de la décrocher de la branche où on l’avait mise à sécher.

— Conserve-la avec soin, car peut-être avant peu nous servira-t-elle.

— C’est ce que j’ai pensé.

— Allons, partons.

Au bout de quelques pas le squatter s’arrêta, étendit le bras pour avertir ses compagnons, et écouta.

Après deux ou trois minutes, il se retourna vers ses compagnons, et, se penchant vers eux, il leur dit d’une voix faible comme un souffle :

— La retraite nous est coupée, on marche dans les arbres, j’ai entendu craquer les branches et un froissement de feuilles.

Ils se regardèrent avec épouvante.

— Ne désespérons pas, reprit-il vivement, tout n’est pas perdu encore ; montons plus haut et jetons-nous de côté, jusqu’à ce qu’ils soient passés ; pendant ce temps Nathan les amusera ; les Comanches ne font pas ordinairement de mal aux ours, avec lesquels ils se prétendent parents.

Personne ne fit d’objection.

Sutter s’élança le premier, le moine le suivit.

Ellen regarda son père avec tristesse.

— Je ne puis pas, dit-elle.

— Je te répète que je te sauverai, enfant, dit-il avec un accent de tendresse impossible à rendre.

Il prit la jeune fille dans ses bras nerveux, la plaça doucement sur ses épaules.

— Tiens-toi bien, murmura-t-il à voix basse, et surtout ne crains rien.