Page:Aimard - La Loi de Lynch, 1859.djvu/410

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Alors, avec une dextérité et une force centuplée par l’amour paternel, le bandit s’accrocha d’une main aux branches placées au-dessus de sa tête et disparut dans le feuillage en disant à son fils :

— À toi, Nathan ! joue bien ton rôle, garçon ; notre salut dépend de toi.

— Soyez tranquille, vieux, répondit le jeune homme en se coiffant de la tête de l’ours, je ne suis pas plus bête qu’un Indien ; ils vont me prendre pour leur parent.

On sait ce qui était arrivé, comment cette ruse, qui d’abord avait si bien réussi, avait été déjouée par Curumilla.

En voyant tomber son fils, le squatter avait eu un moment de rage aveugle et avait épaulé son rifle en couchant en joue l’Indien.

Heureusement le moine s’était assez à temps aperçu de ce geste imprudent pour l’arrêter.

— Que faites-vous ? s’écria-t-il en relevant le canon de l’arme ; vous perdez votre fille.

— C’est vrai, murmura le squatter.

Ellen, par un hasard extraordinaire, n’avait rien vu ; sans cela il est probable que la mort de son frère lui aurait arraché un cri de douleur qui aurait dénoncé ses compagnons.

— Oh ! fit le Cèdre-Rouge, encore ce démon de Français avec son Araucan maudit ! eux seuls pouvaient me vaincre.

Les fugitifs demeurèrent pendant une heure dans des transes terribles sans oser bouger, de crainte d’être découverts.

Ils étaient si près de ceux qui les poursuivaient, qu’ils entendaient distinctement ce qu’ils disaient.