Page:Aimard - La Loi de Lynch, 1859.djvu/411

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Enfin peu à peu les voix s’éloignèrent, les torches s’éteignirent, et tout rentra dans le silence.

— Ouf ! fit le moine, ils sont partis.

— Pas tous, répondit le squatter ; n’avez-vous pas entendu ce Valentin damné ?

— C’est vrai, notre retraite est toujours coupée.

— Ne désespérons pas encore ; provisoirement nous n’avons rien à redouter ici ; reposez-vous quelques instants, pendant que j’irai à la découverte.

— Hum ! murmura Fray Ambrosio ; pourquoi ne pas aller tous ensemble ? ce serait, je crois, plus prudent.

Le Cèdre-Rouge rit avec amertume.

— Écoutez, compadre, dit-il au moine en lui prenant le bras qu’il serra comme dans un étau : vous vous méfiez de moi et vous avez tort ; j’ai voulu vous abandonner, je l’avoue, mais à présent je ne le veux plus, nous périrons ou nous nous sauverons ensemble.

— Oh ! oh ! parlez-vous sérieusement, compadre ?

— Oui, car sur les folles promesses d’un prêtre, j’avais résolu de m’amender, j’avais changé de vie et je menais une existence paisible, sans nuire à personne et en travaillant honnêtement ; les hommes que j’avais voulu oublier se sont souvenus de moi pour se venger ; sans tenir compte de mes efforts et de mon repentir, ils ont incendié mon misérable jacal, tué mon fils ; maintenant ils me traquent comme une bête féroce, les vieux instincts se réveillent en moi, le levain mauvais qui dormait au fond de mon cœur fermente de nouveau. C’est une guerre à mort qu’ils me déclarent : eh bien ! vive Dieu ! je l’accepte et je la leur ferai sans pitié, sans trêve ni merci, sans leur demander, s’ils s’emparent de moi, plus de grâce que je ne