Page:Aimard - La Loi de Lynch, 1859.djvu/422

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Il y eut un silence.

Ces quelques mots avaient été échangés entre les deux interlocuteurs avec une rapidité fébrile.

— Vous ne me trompez pas ? demanda timidement don Pablo au bout d’un instant.

— Non, répondit-elle franchement ; à quoi bon ? Vous lui avez donné votre cœur, on n’aime pas deux fois ; je vous aiderai, vous dis-je.

Le jeune homme la regardait avec un étonnement mêlé d’épouvante.

Il savait combien, il y avait quelques mois à peine, la Gazelle blanche avait été une ennemie implacable pour la pauvre Ellen, il redoutait un piège.

Elle le devina, un sourire triste effleura ses lèvres.

— L’amour ne m’est plus permis, dit-elle ; mon cœur n’est même pas assez vaste pour la haine qui le dévore, j’appartiens toute à la vengeance. Croyez-moi, don Pablo, je vous servirai loyalement. Lorsque vous serez enfin heureux, que vous me devrez un peu de ce bonheur dont vous jouirez, peut-être éprouverez-vous pour moi un peu d’amitié et de reconnaissance. Hélas ! c’est le seul sentiment que j’ambitionne désormais. Je suis une de ces malheureuses créatures condamnées qui, lancées malgré elles sur une pente fatale, ne peuvent s’arrêter dans leur chute. Plaignez-moi, don Pablo, mais bannissez toute crainte, car, je vous le répète, vous n’avez et n’aurez jamais d’amie plus dévouée que moi.

La jeune fille prononça ces paroles avec un tel accent de sincérité, on voyait si bien que chez elle c’était le cœur seul qui parlait et que le sacrifice était consommé sans arrière-pensée, que don Pablo se sentit ému malgré lui devant tant d’abnégation ; par un