Page:Aimard - La Loi de Lynch, 1859.djvu/434

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soin dans nos zarapès et nos manteaux de bison, je suis convaincue que nous dormirons on ne peut mieux.

— Patience, niña, dit sentencieusement le gambucino ; il ne s’agit pas de dormir en ce moment.

— De quoi s’agit-il donc ? répondit-elle vivement ; je vous assure que pour ma part je dormirai parfaitement.

— C’est possible, niña, reprit Andrès, mais nous avons autre chose à faire quant à présent.

— Quoi donc ?

— Nous orienter.

— Nous orienter ! Vous êtes fou, mon ami. Il fait noir comme dans un four. Le diable lui-même, si habitué aux ténèbres, marcherait sur sa queue.

— C’est justement pour cela ; profitons de ce que la lune n’est pas levée encore pour explorer les environs.

— Je ne vous comprends pas.

— Voyez comme l’atmosphère est transparente ; la lueur vacillante et incertaine des étoiles suffît pour laisser distinguer les objets à une énorme distance. Si les hommes à la poursuite desquels nous sommes mangent, ce qui est probable, c’est incontestablement cette heure qu’ils ont choisie pour faire cuire leurs aliments.

— Eh bien ? dit don Pablo avec curiosité.

— Suivez bien mon raisonnement : le Cèdre-Rouge n’attend d’ennemis que du côté de la plaine, n’est-ce pas ?

— C’est vrai.

— Donc ses précautions sont prises de ce côté-là et non de celui-ci ; il ne nous soupçonne pas aussi près de lui, et, persuadé que personne ne l’espionne,