Page:Aimard - La Loi de Lynch, 1859.djvu/441

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tage seul ; que m’importe la vie, puisque je ne dois plus vous revoir ? Ellen ! nous mourrons ensemble !

— Oh ! comme il m’aime, mon Dieu ! s’écria-t-elle avec désespoir : Seigneur ! Seigneur ! est-ce assez souffrir, la mesure est-elle comblée enfin ! Seigneur, donnez-moi la force d’accomplir mon sacrifice jusqu’au bout. Écoutez, don Pablo, lui dit-elle en lui prenant le bras qu’elle serra avec force ; mon père est proscrit, le monde entier le repousse ; il n’a qu’une joie, un bonheur dans son immense souffrance : sa fille ! Je ne puis pas, je ne veux pas l’abandonner. Quelque amour que j’éprouve pour vous au fond de mon cœur, don Pablo, jamais je ne quitterai mon père. Maintenant, tout est dit entre nous, mon ami ; rester plus longtemps ici serait inutilement braver un danger terrible et inévitable. Partez, don Pablo ; partez, il le faut.

— Songez, dit le jeune homme avec des larmes dans la voix, songez, Ellen, que cette entrevue sera la dernière.

— Je le sais.

— Vous voulez toujours que je parte ?

— Je l’exige.

— Oui, mais je ne le veux pas, moi, dit tout à coup une rude voix.

Ils se retournèrent avec épouvante et aperçurent le Cèdre-Rouge qui, appuyé sur son rifle, les regardait en ricanant.

Ellen lança à son père un regard dans lequel brillait un tel éclair que le vieux squatter baissa les yeux malgré lui.

Sans répondre, elle se tourna vers don Pablo, et lui prenant la main :