Page:Aimard - La Loi de Lynch, 1859.djvu/59

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elle sonnera. Ton père et moi, nous habitions au lieu où nous sommes en ce moment ; cette colline était occupée par une vaste hacienda que nous avions fait construire ; les champs environnants nous appartenaient et étaient défrichés par deux cents peones à notre solde. Dieu bénissait notre travail, qui prospérait ; tout le monde nous aimait et nous respectait dans la contrée, car notre habitation était toujours ouverte à ceux que frappait le malheur. Mais si nos compatriotes nous estimaient et applaudissaient à nos efforts, les maîtres d’une hacienda voisine nous avaient, en revanche, voué une haine implacable. Pour quelle raison ? Voilà ce que je ne pus jamais parvenir à savoir. Était-ce jalousie, basse envie ? Toujours est-il que ces gens nous haïssaient. Ces hommes, ils étaient trois, n’étaient pas nos compatriotes, ils n’appartenaient pas à la race espagnole ; c’étaient des Américains du Nord, ou du moins, car jamais je ne me suis trouvé en rapport avec eux, et je ne puis l’affirmer, l’un d’eux au moins était réellement Américain du Nord et se nommait Wilke. Cependant, bien que la haine qui nous séparait fût vive, elle était sourde, et rien ne portait à supposer qu’elle dût jamais éclater au grand jour. Sur ces entrefaites, des affaires importantes m’obligèrent à un voyage de quelques jours. Ton père et moi, pauvre enfant, nous ne pouvions nous séparer, un secret pressentiment semblait nous avertir. Je partis. Lorsque je revins, l’hacienda était détruite de fond en comble, quelques pans de murs seuls fumaient encore. Mon frère et toute notre famille, ainsi que nos serviteurs, avaient été massacrés.

Le Blood’s Son s’arrêta.

— Terminez ce triste récit, mon oncle, dit la jeune