Page:Aimard - La Loi de Lynch, 1859.djvu/60

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fille d’une voix brève ; il faut que je sache bien tout afin de prendre la moitié de votre vengeance.

— C’est juste, répondit don Stefano ; mais je n’ai presque plus rien à dire et je serai bref : pendant une nuit tout entière je parcourus ces ruines fumantes cherchant les cadavres de ceux que j’avais aimés, puis, lorsqu’après des peines infinies je fus parvenu à les retrouver, je les enterrai pieusement, et sur leur tombe je fis le serment de les venger. Ce serment, je l’ai religieusement tenu depuis quinze ans ; malheureusement, si j’ai frappé bien des coupables, jusqu’à présent, par une fatalité inouïe, les chefs m’ont toujours échappé ; car, malgré tous mes efforts, jamais je n’ai pu les atteindre. Ton père, que j’avais recueilli mourant, avait expiré entre mes bras sans pouvoir me nommer ses assassins, et si j’ai de fortes raisons d’accuser Wilke et ses compagnons, aucune preuve n’est encore venue corroborer mes doutes, et les noms des coupables me sont inconnus. Avant-hier seulement, lorsque tomba ce misérable Saudoval, je crus avoir enfin découvert l’un d’eux.

— Vous ne vous êtes pas trompé, mon oncle, cet homme était en effet un de nos ravisseurs, répondit Mercédès d’une voix ferme.

— Et les autres ? demanda vivement don Stefano.

— Les autres ! je les connais, mon oncle.

À cette révélation, don Stefano poussa un cri qui ressemblait à un rugissement de bête fauve.

— Enfin ! s’écria-t-il avec une telle explosion de joie que la jeune fille en fut presque effrayée.

— Maintenant, mon oncle, reprit-elle, permettez-moi de vous adresser une question ; puis après je répondrai aux vôtres, si vous avez à m’en faire.