Page:Aimard - La Loi de Lynch, 1859.djvu/69

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— Je les ai vus.

— Ceci est la roche du Bison-Fou, si je ne me trompe, reprit le chef.

— Oui, répondit l’Indien.

— Oh ! la position sera difficile à enlever, murmura le sachem en examinant avec soin le rocher.

Cet endroit se nommait en effet le rocher ou la colline du Bison-Fou. Voici pour quelle raison on lui avait donné ce nom que, du reste, il porte encore :

Les Comanches eurent, il y a une cinquantaine d’années, un chef fameux qui fît de sa tribu la nation la plus guerrière et la plus redoutée de toutes les tribus du Far West. Ce chef, qui se nommait Stomich-Wash-in-Ghu ou le Bison-Fou, était non-seulement un grand guerrier, mais encore un grand politique. À l’aide du secret de certains poisons, mais surtout de l’arsenic qu’il avait acheté pour des fourrures à des marchands blancs, il était parvenu, en tuant traîtreusement ceux qui lui étaient opposés, à inspirer à tous ses sujets une crainte superstitieuse sans bornes.

Lorsqu’il sentit la mort venir et qu’il comprit que sa dernière heure était arrivée, il désigna le lieu qu’il avait choisi pour sa sépulture.

C’était une colonne pyramidale de granit et de sable d’environ 145 mètres de hauteur.

Cette colonne domine au loin le cours de la rivière qui en lave le pied, et, après avoir fait des méandres sans nombre dans la plaine, revient passer tout auprès. Le Bison-Fou ordonna que sa tombe fut élevée au sommet de cette colline où il avait coutume de venir s’asseoir.

On exécuta ses dernières volontés avec cette fidélité que les Indiens mettent à ces sortes de choses.

Son cadavre fut placé au sommet de la colline, à