Page:Aimard - Les Peaux-Rouges de Paris.djvu/101

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Le valet salua et se retira. Derrière lui, la marquise poussa les verrous de la porte.

— Nous voici enfin chez nous, dit-elle gaiement ; ajoute un couvert, mignonne, et mets-toi à table avec nous.

La jeune fille obéit sans se faire autrement prier ; d’ailleurs, ce n’était pas la première fois que sa maîtresse la faisait asseoir à table à son côté.

— Maintenant que nous sommes seuls, et que nous ne craignons pas les importuns, causons, dit le docteur en servant la marquise.

— Causons ; je ne demande pas mieux, répondit-elle.

— Comment tout s’est-il passé là-bas ?

— Très bien ! J’ai ordonné de m’arrêter pour demain une femme de chambre, et j’ai donné certains ordres pour des visites que je compte faire dans les châteaux voisins, dit-elle en riant ; de sorte que les domestiques n’ont aucuns soupçons, et qu’ils me croient en ce moment endormie dans ma chambre à coucher.

— Très bien ; rien ne se découvrira avant demain vers midi ; voilà pourquoi il faut que je rentre ce soir chez moi, afin d’établir un alibi ; vous n’avez rencontré personne sur la route ?

— Quelques rouliers ou paysans qui m’ont crié : « Bonne nuit ! »

— Vous croyez qu’ils ne vous ont pas reconnue ?

— Comment m’auraient-ils reconnue ? Il faisait noir comme dans un four, sur cette route. Du reste, regardez-moi.

— C’est vrai ; toute reconnaissance est impossible ; quand vous êtes arrivée, ce n’est pas vous que j’ai reconnue, c’est mon cheval ; si vous aviez été à pied je vous aurais laissé passer parfaitement ; jusqu’à votre regard qui est changé.

— Tant mieux, je puis alors voyager sans crainte.

-Oh ! parfaitement. Vos amis les plus intimes, eux-mêmes, ne vous reconnaîtraient pas. Permettez-moi,