Page:Aimard - Les Peaux-Rouges de Paris.djvu/128

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coutumes hospitalières du pays qui impliquait aux yeux de tous, sinon une hostilité déclarée, mais tout au moins un blâme tacite de la conduite tenue par le jeune homme dans cette circonstance.

Un valet fut aussitôt dépêché au docteur d’Hérigoyen, le seul médecin exerçant dans un rayon de quinze lieues, dans lequel on eût une entière confiance pour soigner le blessé.

Le docteur, ainsi que toujours il le faisait en pareil cas, se hâta d’accourir, loin de soupçonner que les plaies qu’il se chargeait de guérir étaient du fait de son fils dont il s’était séparé la veille à neuf heures du soir et que depuis il n’avait pas revu.

Lorsque le docteur arriva, il trouva le malade en meilleur état qu’il ne l’espérait, d’après les commentaires exagérés du valet qui avait été le chercher.

Felitz Oyandi avait repris connaissance.

Quoique très faible, il accueillit le docteur avec un sourire, et de sa prunelle contractée s’échappa comme un éclair de joie maligne, aussitôt éteint, sous la paupière baissée, éclair dont l’expression aurait à bon droit très intrigué le docteur, s’il l’avait remarqué ; mais, préoccupé de son malade, il ne vit rien.

Le médecin visita le blessé avec le plus grand soin ; cet examen fut long et consciencieux,

— Eh bien, docteur ? demanda le jeune homme avec un pâle sourire, je suis bien malade, n’est-ce pas ?

— Oui, répondit celui-ci en secouant la tête ; mais, pas autant que je le craignais, d’après ce que m’avait dit cet imbécile de Joan.

— Ainsi, vous espérez ?

— Comment ! s’écria le docteur, vous croyez-vous donc en danger de mort ?

— Non, mais j’ai peur de rester estropié.

— Rassurez-vous, monsieur, dans un mois ou six semaines au plus tard, vous serez guéri aussi fort, aussi alerte et aussi ingambe que si vous n’aviez pas été blessé.