Page:Aimard - Les Peaux-Rouges de Paris.djvu/144

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L’obliger à lui obéir, c’était donc vouer de parti pris au malheur cet enfant si aimé, le seul être qui le rattachait à la vie ; mieux valait lui faire encore ce sacrifice, renoncer à cette union, le plus cher de ses vœux, et lui laisser chercher lui-même le bonheur où il croyait pouvoir le trouver.

Puis, il s’apercevait que depuis quelques jours son fils semblait triste ; il avait perdu l’appétit et le sommeil, il maigrissait et pâlissait à vue d’œil.

Il fallait prendre une résolution définitive et en finir une fois pour toutes ; n’avait-il pas, depuis longtemps, fait abstraction de sa volonté avec son fils ?

D’ailleurs, il était accoutumé de longue date aux sacrifices de toutes sortes ; un de plus ou de moins dans le nombre ne signifiait rien ; le principal était que Julian redevînt ce qu’il était quelques jours auparavant, gai, rieur et insouciant ; la tristesse ne va pas sur un visage de vingt ans.

La résolution du docteur fut donc prise, comme toujours, au point de vue de l’abnégation.

Il se hâta de faire naître l’occasion d’une explication entre son fils et lui, explication grâce à laquelle toute contrainte cesserait, et la joie rentrerait dans la maison.

Il était à peu près sept heures du matin.

Le docteur en robe de chambre surveillait, ainsi qu’il le faisait chaque jour, le pansage de son cheval favori.

Le cigare à la bouche, il causait avec son domestique, ancien chasseur d’Afrique, qu’il avait eu jadis pour ordonnance et que, depuis qu’il avait donné sa démission et était rentré en France, il avait conservé chez lui en qualité de cocher-valet de chambre : il répondait au nom pittoresque de Moucharaby, sobriquet que lui avaient donné ses compagnons du régiment et qu’il avait précieusement conservé.

Moucharaby était un grand gaillard de cinq pieds huit pouces, maigre, anguleux, tout muscles et tout nerfs, à la figure longue, au front dévasté.

Ses yeux d’oiseau de proie, rapprochés de son nez re-