Page:Aimard - Les Peaux-Rouges de Paris.djvu/173

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litz, tout son sang ne suffira pas à laver l’injure qu’il m’a faite !

— Bien, fils ; tu as raison de parler ainsi. Cet homme doit être puni, il le sera, mais il faut attendre. La vengeance se mange froide, disent les Corses, et ils s’y connaissent. Sois donc prudent.

— Soyez tranquille, mon père, répondit le jeune homme ; dussé-je attendre vingt ans, j’attendrai, parce que je veux que cette vengeance soit complète.

Ces paroles furent prononcées avec une sombre énergie qui fit tressaillir le docteur.

Il n’insista pas, et détourna la conversation.

Vers cinq heures de l’après-dînée, Denisà se leva et descendit rejoindre au salon Julian et son père.

La jeune fille était calme, reposée, entièrement remise de l’horrible choc qu’elle avait reçu et admirablement belle.

Le docteur la fit asseoir auprès de lui et lui rendit compte de la visite qu’il avait faite à sa famille et de ce qui avait été convenu.

Il lui fit ensuite comprendre que Julian, accusé de complot et dénoncé par ses ennemis, était obligé de s’éloigner pour un temps très court, simplement afin de laisser à ses amis le temps d’établir son innocence et de conjurer ainsi les dangers dont il était menacé.

Il termina en lui disant :

— Julian part ce soir à dix heures, nous l’accompagnerons jusqu’au val de la Cabra, et ensuite nous nous rendrons tout droit à Bayonne, où vous n’aurez rien à redouter de votre ennemi, près de moi ; dans quelques jours, vos parents vous rejoindrons, chère fille, s’ils s’ennuient trop loin de vous. Ces arrangements vous conviennent-ils, mon enfant ?

— La nécessité commande, mon père, répondit-elle doucement, je dois me soumettre ; près de vous je serai heureuse, je penserai à Julian et vous me parlerez de lui.

— Bien, chère fille ; mais j’entends Moucharaby qui