Page:Aimard - Les Peaux-Rouges de Paris.djvu/176

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XI

DANS LEQUEL L’AUTEUR DÉMONTRE CLAIREMENT QU’IL EST TRÈS DANGEREUX DE VOYAGER POUR SES AFFAIRES PARTICULIÈRES QUAND UN GOUVERNEMENT ÉPROUVE LE BESOIN DE FAIRE UN COUP D’ÉTAT.


Julian d’Hérigoyen et son ami Bernardo Zuméta étaient bien montés, bien armés, munis d’argent, ce qui ne nuit jamais en voyage, et de quelques vivres, tant pour eux que pour leurs chevaux.

Ils pouvaient fournir une longue traite, sans s’arrêter ; ils résolurent de marcher toute la nuit et de se reposer pendant la plus grande partie de la journée suivante, ce qu’ils firent en effet.

Pendant plusieurs jours ils usèrent des plus grandes précautions.

Malgré le froid, ils campaient la plupart du temps en rase campagne.

Bernardo allait acheter des vivres dans quelque village, et, dès le coucher du soleil, les voyageurs se remettaient en route et marchaient jusqu’à l’aube.

Pendant l’été, cette façon de voyager n’aurait rien eu de très désagréable ; mais en hiver, il fallait des forces bien supérieures à celles des deux jeunes gens pour résister au froid et aux privations de toutes sortes auxquelles ils étaient exposés.

Bernardo fut le premier des deux qui s’avoua vaincu.

Julian, bien que plus jeune et plus faible en apparence, semblait être de fer. Ni le froid, ni le vent, ni la neige, ni la pluie, ni même la privation de sommeil n’avaient prise sur lui ; il était toujours aussi vif, aussi dispos et surtout aussi gai que si, au lieu d’être en route depuis une semaine, il était le matin même sorti de chez lui pour une courte promenade.