Page:Aimard - Les Peaux-Rouges de Paris.djvu/177

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Bernardo n’y comprenait rien ; il était en admiration devant cette organisation étrange, sur laquelle rien n’avait d’influence.

Julian, voyant l’épuisement de son ami, eut pitié de sa faiblesse ; il décida qu’ils étaient beaucoup trop éloignés de Louberria et même de Bayonne pour avoir encore quelque chose à redouter.

En conséquence, toutes les précautions prises jusque là, non seulement devenaient inutiles, mais risquaient même de tourner contre eux ; il valait donc mieux continuer le voyage, qui du reste touchait à sa fin, dans les conditions ordinaires.

Ce point convenu, les jeunes gens s’arrêtèrent dans l’auberge d’un petit village, campé comme en vedette sur l’un des bords de la route qu’ils suivaient.

Ils se firent servir un bon souper, firent mettre devant eux leurs chevaux dans la litière jusqu’au ventre, avec double ration de paille et d’avoine ; puis ils passèrent la nuit dans des lits propres, assez moëlleux, chose qui ne leur était pas arrivée depuis leur départ de Louberria, et dont ils reconnurent bientôt les nombreux agréments en s’endormant presque aussitôt d’un sommeil de plomb.

En résumé, tous deux étaient rendus de fatigues.

On était alors au 3 décembre 1851.

Ce petit village, nommé X…, et se composant d’une quarantaine de maisons, tout au plus, paraissait être en proie à une vive agitation.

Malgré le froid et la nuit, toute la population, hommes et femmes, vieillards et jusqu’au enfants, était groupée dans l’unique rue du bourg et discutait avec forces cris et gestes.

Les deux voyageurs avaient, à la nuit tombante, traversé ces groupes sans attacher la plus légère importance à ce qu’ils voyaient.

Ils étaient fatigués et surtout transis de froid ; car il gelait à pierre fendre. Ils ne songeaient qu’à une seule chose, trouver une auberge où ils pussent se reposer et se réchauffer le plus tôt possible.