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XII

COMMENT JULIAN ET SON AMI QUITTÈRENT LA BELLONE SANS PRENDRE CONGÉ.


Julian d’Hérigoyen et Bernardo Zuméta avaient été parqués, comme des animaux, avec une centaine d’autres prisonniers, entassés pêle-mêle dans une espèce de cave immonde, sombre, sans air, infecte.

Là ces malheureux, dont le seul crime était d’avoir protesté contre la trahison du chef de l’État et d’avoir revendiqué leurs droits, indignement foulés aux pieds et escamotés sans pudeur par la force, restèrent abandonnés, ou plutôt systématiquement oubliés pendant quatorze heures, sans qu’on daignât seulement leur jeter un morceau de pain ou leur faire l’aumône d’une goutte d’eau pour humecter leurs lèvres avides.

— Patience ! disait Julian à son ami, qui se plaignait d’avoir faim et soif, patience, mon Bernardo ! plus nous souffrirons, plus nous serons traités cruellement, plus nous aurons le droit d’être implacables, lorsque sonnera enfin l’heure de la justice.

— Oui, répondit le jeune homme ; mais, cette heure arrivera-t-elle jamais pour nous ?

— Tous les crimes se payent tôt ou tard, mon ami ; rien ne reste impuni ; nous serons vengés, je te le jure !

— Dieu t’entende, mais je n’ose le croire.

Lorsque les deux jeunes gens s’étaient sauvés de Z…, ils avaient eu la précaution très prudente de se débarrasser de leurs armes ; non seulement elles leur devenaient inutiles, mais la possession de ces armes pouvait gravement les compromettre, s’ils tombaient aux mains des soldats ; en conséquence ils n’avaient conservé que leurs valises.

Quand ils avaient été arrêtés, on n’avait donc rien trouvé de compromettant sur eux, si ce n’est une somme