Page:Aimard - Les Peaux-Rouges de Paris.djvu/208

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— C’est bien, c’est à cause de ton amitié pour moi que tu as été condamné à la déportation, nous périrons ou nous nous sauverons ensemble.

— Merci, mon Julian, dit le jeune homme les larmes aux yeux.

— À sept heures et demie, trouve-toi dans les porte-haubans de misaine à tribord, j’y serai, ne conserve que ton pantalon de toile et ta chemise, une ceinture serrée aux hanches et les pieds nus ; c’est entendu.

— Oui, mon Julian, sois tranquille.

— C’est bien ; maintenant séparons-nous, une plus longue conversation entre nous pourrait donner des soupçons.

Ils se quittèrent alors, et chacun prit une direction différente.

Depuis son arrivée à D…, grâce à son argent, Julian avait été à même de rendre certains services à plusieurs condamnés.

Depuis le départ, il leur en avait rendu d’autres encore, de sorte que tous les condamnés l’aimaient et le plaignaient, car ils connaissaient son innocence.

Julian s’aboucha avec plusieurs de ces condamnés ; il leur distribua quelques pièces d’or, et, sans leur révéler son secret, il s’entendit avec eux pour qu’ils détournassent l’attention des sentinelles chargées de surveiller les transportés pendant le temps qu’ils passaient sur le pont.

Vers sept heures un quart, les transportés se groupèrent sous les haubans de misaine à tribord, et, ainsi qu’ils le faisaient quelques fois, ils commencèrent à chanter des chœurs.

Un espèce d’orphéon avait été formé par eux, et, chaque jour, ils admettaient de nouveaux adhérents.

Ce soir-là, les chanteurs étaient plus nombreux que de coutume.

Peu à peu tous les condamnés s’étaient réunis autour d’eux, pour écouter ces chants qui leur rappelaient la patrie, peut-être à jamais perdue.