Page:Aimard - Les Peaux-Rouges de Paris.djvu/253

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que la lueur faible et intermittente du feu presque éteint.

Felitz Oyandi haletait ; cependant il ne s’arrêta pas. Il était trop près de la réussite pour perdre une seconde.

Les machetes ont une trempe excellente, ils coupent comme des damas.

Le prisonnier parvint à soulever un peu ses pieds, au prix d’incroyables efforts, et il les posa à cheval sur le fil du machete ; puis, sans appuyer trop fortement, il leur imprima un mouvement de scie, d’aller et venir.

Trois tours de lasso furent tranchés net ; les pieds se desserrèrent et les jambes s’écartèrent.

Ses pieds et ses jambes étaient libres, à la vérité ; mais au premier mouvement qu’il essaya, il éprouva une violente douleur.

La circulation du sang, depuis longtemps arrêtée dans tous les membres, avait causé un engourdissement général du corps qui, provisoirement du moins, paralysait complètement les articulations.

Il fallait attendre que le sang eût repris un cours régulier ; Felitz Oyandi se résigna.

Mais au prix d’horribles souffrances, il avait réussi à se retourner, de façon à poser un de ses bras sur le fil du machete ; plusieurs tours du lasso éclatèrent, ce qui facilita et accéléra la circulation du sang.

Quelques minutes s’écoulèrent ; le bras délivré, d’abord inerte, avait peu à peu repris son élasticité et sa vigueur.

Le Basque poussa un soupir de soulagement, et pendant quelques instants il conserva son immobilité de statue.

Il réfléchissait et savourait à l’avance la vengeance, que maintenant il avait la certitude d’accomplir avant de prendre la fuite.

Il ne se doutait pas, en ce moment où il se croyait libre et maitre de la vie de son ennemi, que deux espions terribles le guettaient ; que ces espions invisibles n’avaient perdu aucun de ses mouvements et de ses efforts ; que leur brûlant regard ne s’était pas une seconde détourné ;