Page:Aimard - Les Peaux-Rouges de Paris.djvu/254

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qu’ils se tenaient prêts, et que jamais il n’avait été aussi exposé à une mort horrible.

Et pourtant peut-être, si Felitz Oyandi, au lieu de tenter de se venger, s’était levé et dirigé tout droit vers la porte, les fidèles gardiens l’auraient laissé fuir, comme ils avaient vu fuir ses compagnons.

La porte était à la droite du bandit.

Pour se diriger vers elle, il lui fallait s’éloigner de la cheminée et du comptoir, par conséquent augmenter la distance existant entre lui et le chasseur endormi.

Les molosses, n’apercevant aucunes intentions agressives, n’auraient probablement pas bougé.

Mais Felitz Oyandi n’était pas homme à renoncer à une vengeance si longtemps caressée, surtout maintenant qu’il se la figurait sûre, et avec la persuasion où il était, de ne courir aucun danger.

Enfin, il sentit que toute sa vigueur était revenue ; il se mit sur son séant, et, en un tour de main, il acheva de se délivrer du lasso, dont les morceaux enveloppaient ses épaules et son buste.

Cela fait, il se leva.

Il trébucha d’abord ; il lui fallut une seconde ou deux pour s’affermir sur ses pieds encore endoloris.

— Enfin ! murmura-t-il avec une expression de joie inexprimable.

Rien ne le pressait, il prit son temps. Il commença par mettre à part un excellent rifle, quatre revolvers, un machete, une corne remplie de poudre et un sac plein de balles ainsi que sa gibecière.

— Quand j’en aurai fini avec lui, murmura-t-il en jetant un regard de haine au chasseur endormi, je prendrai ces armes et je partirai.

Il sembla hésiter pendant une seconde, mais bientôt il releva la tête, et souriant avec une hideuse ironie :

— Il y a loin de la coupe au lèvres ; je ne suis pas encore aussi près de la mort que je l’ai cru un moment, ajouta-t-il avec un ricanement diabolique.

Il prit alors son poignard, le dégaina et en tâta le fil.