Page:Aimard - Les Peaux-Rouges de Paris.djvu/268

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ment blottis sous la feuillée emportée de rosée, égrenaient pleine gorge le riche chapelet des notes mélodieuses et des trilles de l’hymne que, chaque matin, ils chantent pour saluer le réveil de la nature.

L’obscurité, comme une armée en déroute, se réfugiait au fond des mornes.

Le ciel, d’un point de l’horizon à l’autre, avait pris une teinte indigo foncée.

Sur la lisière des insondables forêts, certaines ondulations mystérieuses, à peine sensibles dans les herbes, laissaient deviner le passage des fauves chassés par le jour, et regagnant au plus vite leurs retraites ignorées.

Çà et là, à de longues distances, debout sur la pointe d’un rocher émergeant de l’océan de verdure, on apercevait des élans, des asshatas et des antilopes, sentinelles vigilantes interrogeant au loin l’espace, et veillant au salut commun des familles dont ils étaient les chefs.

Un calme majestueux et profond planait sur cette nature primitive et puissante, essentiellement pittoresque dans sa sévérité un peu abrupte, et que la main de l’homme n’avait pas encore déformée et enlaidie en la mutilant.

Mais hélas ! ce calme était trompeur, ce tableau magique, dont le regard ne pouvait effleurer que superficiellement la mouvante surface, recélait dans ses mystérieuses profondeurs bien de sinistres secrets !

Là se continuait cette terrible bataille de la vie ; lutte incessante et implacable des bons et des mauvais instincts de l’homme aux prises avec ses passions.

L’homme est partout le même.

La civilisation n’est qu’un manteau jeté sur ses vices, et que les murs étouffants de nos villes, pas plus que les larges frondaisons des forêts vierges, ne réussissent jamais à modérer, ni même à cacher.

Seulement, au désert, les passions se montrent plus franchement farouches, privées qu’elles sont de ce vernis d’hypocrisie qui, dans nos cités, les rendent si odieusement hideuses.