Page:Aimard - Les Peaux-Rouges de Paris.djvu/269

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Tout à coup, les sentinelles postées sur les rochers poussèrent un cri strident, ressemblant à un sifflet de contre-maître, plongèrent au milieu des herbes, où elles disparurent ; et des ondulations violentes dans plusieurs directions dénoncèrent une fuite précipitée.

Une troupe de cavaliers émergeant d’une forêt venait d’apparaître sur la rive gauche du Rio-Gila, qu’elle se préparait à traverser à gué.

Ces cavaliers étaient nombreux.

On voyait reluire au soleil les fers de leurs longues lances, garnies à la pointe de touffes de plumes multicolores.

Arrivés sur le bord de la rivière, les cavaliers se mirent sur une longue file, la traversèrent et s’engloutirent résolument au milieu des hautes herbes, où bientôt ils disparurent complètement.

Ces cavaliers devaient être des voyageurs de passage dans la prairie, et non des chasseurs, car ils menaient avec eux deux ou trois mules chargées de bagages, et, au lieu de s’enfoncer dans la prairie, ils se dirigeaient, presque en droite ligne, vers l’Arizona, ancienne province mexicaine cédée depuis aux États-Unis, et qui, malgré cela, a conservé encore toute sa physionomie espagnole,

Ces voyageurs étaient seize en tout :

Trois guerriers comanches, vêtus de cuir à demi tanné, recouverts de larges robes de bison, les cheveux relevés sur la tête en forme de casque, et le visage peint de plusieurs couleurs ; six chasseurs canadiens dans leur pittoresque costume semi-indien, semi-civilisé ; quatre péones et arrieros mexicains, tous armés jusqu’aux dents, et enfin trois personnes faciles à reconnaître au premier coup d’œil pour appartenir à la haute société civilisée, et dont la présence au milieu de ce désert ne devait être que fortuite et accidentelle.

De ces trois personnes deux étaient des dames, dont la première justifiait hautement ce titre.