Page:Aimard - Les Peaux-Rouges de Paris.djvu/273

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comme un lion, à l’œil de feu, aux longs poils soyeux, tacheté de noir, de blanc et de fauve, dont nous avons oublié de parler, oubli dont nous nous excusons, et qui, bien que couché nonchalamment aux pieds de sa maîtresse, avait surveillé les mouvements de l’enfant avec un regard d’une expression presque humaine, et avait avec lui bondi au milieu de la clairière.

Ce chien était tout jeune encore, il avait à peine un an ; sa vigueur, son courage et son intelligence étaient extraordinaires. Il était de race croisée, du Saint-Bernard et des Pyrénées.

Dire comment ses père et mère étaient venus en Amérique serait trop long et n’intéresserait que médiocrement le lecteur ; nous nous bornerons à constater qu’il avait voué à son jeune maître un de ces dévouements dont la race canine, si calomniée, est seule capable ; que, de son autorité privée, il s’était constitué son garde du corps ; qu’il lui obéissait par un signe, sur un clignement d’yeux, et ne le quittait jamais d’un pas.

Il semblait exister entre l’enfant et l’animal une affinité mystérieuse, magnétique, pour ainsi dire, qui les reliait entre eux, et, si ce n’était pas trop ambitieux, nous ajouterions, les complétait l’un par l’autre, tant ils s’entendaient et se comprenaient, même sans le secours de la voix.

Le jeune homme traversa la clairière et se trouva bientôt près du buisson où la sentinelle s’était embusquée.

Le chasseur se leva.

— Eh dit-il en riant, vous voilà, monsieur Armand ; vous ne dormez donc pas ?

— Non, mon brave Charbonneau, répondit le jeune homme ; il fait trop chaud pour dormir.

— Le fait est qu’il fait une polissonne de chaleur ! Vous n’en voyez pas de pareilles, hein, là-bas, dans la vieille France, de l’autre côté de l’eau ? reprit le Canadien d’un air de bonne humeur.

— Je ne pourrais dire ni oui ni non, ami Charbonneau, j’avais à peine quatre ans lorsque ma mère m’a emmené