Page:Aimard - Les Peaux-Rouges de Paris.djvu/283

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bâtons rompus ; allant au hasard, battant les buissons à droite et à gauche, sans aucune suite, interrompue subitement par le plus léger caprice de la petite fille, qui s’arrêtait à l’improviste au milieu d’une phrase intéressante pour caresser Jaguarita, jouer avec Dardar ou avec Armand.

De sorte que ce qu’elle dévoilait de son passé était très peu de chose.

Non pas que la fillette essayât de dissimuler ; elle n’avait rien à cacher, cela se voyait tout de suite.

Au contraire, elle ne demandait qu’à parler, et jasait à tort et à travers, comme une charmante petite perruche qu’elle était.

Mais son babillage, n’étant pas sérieusement dirigé, s’égarait à chaque minute.

Et puis, qu’importait à Armand ce qu’était Vanda, ou ce qu’elle avait été ? Il en raffolait, la trouvait charmante, et ne s’inquiétait que fort médiocrement du reste.

Ce qui plaisait surtout au jeune homme, dans cette aventure singulière, c’était son étrangeté, la situation qu’elle lui faisait, en le posant aux yeux de tous en protecteur de la gentille enfant.

C’était lui seul qui, conduit par le hasard, ce pseudonyme si vrai de la Providence, avait été amené, comme par la main, à l’endroit caché au milieu des fourrés où elle dormait, insouciante de tout danger.

Sans lui, sans cet incompréhensible désir de promenade qu’il avait éprouvé et voulu satisfaire au lieu de dormir, comme il le faisait chaque jour à la halte de onze heures, les voyageurs auraient continué leur route sans découvrir la petite abandonnée, réfugiée si près de leur campement.

Qui sait ce qui serait alors advenu de la pauvre enfant ?

Si elle ne serait pas tombée entre les mains des Peaux-Rouges ou des bandits de la savane, ou peut-être, chose plus terrible encore, n’aurait pas été dévorée par les fauves ?