Page:Aimard - Les Peaux-Rouges de Paris.djvu/290

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— Tu n’as pas été sans l’interroger, sans doute. Que t’a-t-elle appris ? Que t’a-t-elle dit sur sa famille ?

— Pas grand’chose, ma mère. Soit qu’elle ne sache rien, soit, ce qui est le plus probable, que je n’ai pas su l’interroger, elle ne m’a presque rien appris. Tout ce que j’ai pu comprendre, au milieu de son babillage enfantin et sans suite, c’est ce que sa mère, qu’elle aimait beaucoup, est morte. Quand et comment ? je l’ignore. Elle n’est, paraît-il, ni perdue, ni abandonnée, mais elle est positivement seule au monde, sans personne sur la terre qui s’intéresse à elle.

— Pauvre enfant ! dit la comtesse avec une vive pitié, si jeune et déjà si malheureuse ! Je remplacerai la famille qu’elle a perdue, je l’élèverai près de moi. Elle ne me quittera jamais. Elle sera ta sœur, Armand.

— En faisant cela, vous me rendrez bien heureux, ma mère. Je savais qu’il en serait ainsi. Je connais trop bien votre cœur pour avoir douté un seul instant de vous, ma mère. Aussi même, avant de revenir, je m’étais engagé pour vous auprès de ma petite protégée.

— Et tu as bien fait, mon fils. Vanda sera donc ta sœur. Nous sommes assez riches pour accomplir à nous deux cette bonne action sans que notre fortune en soit beaucoup diminuée.

— Oh ! ma mère, fit tristement le jeune homme, ne songeons pas à l’argent, que Vanda soit heureuse, voilà tout ce que vous et moi devons désirer.

— Pardonne-moi, mon enfant, j’ai eu tort, dit la comtesse avec sentiment, mais je ne suis pas que la dépositaire de ta fortune ; je t’en dois compte.

— Ma fortune nous appartient, ma mère. Jamais tant que vous vivrez, et Dieu veuille que ce soit bien longtemps encore, jamais je ne vous en demanderai que ce que vous consentirez à me donner. Agissez donc comme bon vous semblera dans l’intérêt de notre protégée ; tout ce que vous ferez sera bien, ma mère.

La comtesse, émue jusqu’aux larmes, attira son fils vers