Page:Aimard - Les Peaux-Rouges de Paris.djvu/30

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Julian, haletant d’angoisses et d’impatience, suivait anxieusement les mouvements de son père sans oser l’interroger.

— Grand Dieu ! elle vit ! s’écria enfin celui-ci en se relevant et essuyant ses genoux maculés de terre.

— Vous en doutiez donc ? demanda le jeune homme avec anxiété.

Le médecin sourit sans répondre, roula la jeune femme dans son manteau pour la préserver du froid et reprit sa pelle.

Le père et le fils se mirent alors à combler la fosse, travail qu’ils accomplirent en quelques minutes ; mais ils ne s’éloignèrent pas avant d’avoir placé une croix sur cette fosse, dans laquelle gisait encore un cadavre.

Ce pieux devoir accompli, Julian enleva la jeune femme dans ses bras vigoureux et la transporta dans le canot.

Un quart d’heure plus tard, les deux hommes rentraient dans leur jardin, emportant comme une véritable dépouille opime, la proie si miraculeusement ravie par eux à la mort.

Il était à peine huit heures et demie du soir ; la vieille servante du docteur, seule domestique femelle qu’il possédait, était depuis longtemps partie pour la veillée, dont elle ne reviendrait pas avant onze heures, pour aller tout droit s’enfermer dans sa chambre, selon son habitude invariable de chaque soir, et s’endormir comme une souche ; quant au valet de chambre-cocher du médecin, il dormait dans une soupente au-dessus de ses chevaux ; MM. d’Hirigoyen étaient donc maîtres chez eux et complètement à l’abri de toute indiscrétion, ce qui était un grand point de gagné dans une aussi mystérieuse affaire.

Dans toutes les maisons basques, il existe une chambre nommée la chambre des hôtes, destinée soit aux amis que l’on reçoit, soit aux voyageurs de passage auxquels on donne l’hospitalité ; ce fut dans cette chambre que, sur l’ordre de son père, Julian déposa la malade, puis il se retira pour aller préparer les remèdes au moyen desquels le docteur espérait neutraliser l’effet du narcotique administré à la jeune femme.