Page:Aimard - Les Peaux-Rouges de Paris.djvu/302

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On sentait, pour ainsi dire, le monde civilisé venir à soi.

Il était près de cinq heures du soir.

Le soleil, très bas à l’horizon et sur le point de disparaître, allongeait démesurément l’ombre des arbres.

Il n’y avait pas un souffle dans l’air ; la chaleur était lourde.

La caravane cheminait péniblement à travers les hautes herbes desséchées et presque brûlées par les rayons du soleil.

Par intervalles, on entendait, au loin, des roulements sinistres, dont la cause inconnue inspirait une certaine appréhension aux voyageurs, qui ne savaient à quoi les attribuer.

Les deux guerriers comanches, dont les visages marmoréens semblaient taillés dans le granit, tant ils étaient impassibles, donnaient depuis deux heures des marques évidentes d’une secrète inquiétude.

Ces Peaux-Rouges, auxquels aucun bruit de la savane n’était inconnu, semblaient percevoir des sons entendus par eux seuls, et qu’ils ne s’expliquaient pas.

De plus, depuis quelques instants, ils interrogeaient le sol avec insistance, et, hochaient la tête d’un air très peu satisfait.

Les choses en vinrent à un tel point, que Charbonneau qui, lui aussi, était inquiet, et depuis quelques instants examinait curieusement les guerriers, se décida à leur adresser la parole.

— Que disent mes frères les grands guerriers comanches ? leur demanda-t-il.

Les deux éclaireurs échangèrent un regard d’une expression singulière.

Puis le plus âgé répondit d’une voix gutturale, en mauvais espagnol :

— Avertir señora ; marcher beaucoup doucement ; aller trop vite ; ennemis sur la piste.

— Hum ! en êtes-vous sûrs ?

— Peu parler, beaucoup et promptement agir ; que