Page:Aimard - Les Peaux-Rouges de Paris.djvu/304

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Les mules, elles-mêmes, toujours si lentes et si volontaires, semblaient dévorer l’espace.

C’était une course affolée, fantastique, incroyable, dont rien ne saurait exprimer la rapidité vertigineuse.

Les chevaux paraissaient ne pas toucher la terre.

Leur course, loin de se ralentir, augmentait d’instant en instant et prenait des proportions extraordinaires de rapidité.

Trois lieues furent ainsi dévorées en moins de vingt minutes.

Et toujours galopant sur les traces des deux Comanches, tous les voyageurs, en colonne serrée, gravirent sans s’arrêter les pentes abruptes de l’accore que l’on s’était donnée pour but.

Il était temps d’arriver, les chevaux râlaient.

Quelques minutes de plus d’un pareil train, ils seraient tombés morts.

En atteignant le sommet large et plat de l’accore, les deux Comanches sautèrent sur le sol et échangèrent quelques paroles rapides avec Charbonneau.

Celui-ci donna aussitôt ses ordres.

Tous les cavaliers mirent instantanément pied à terre, s’armèrent de la hache américaine, et commencèrent à abattre une quantité d’arbres qu’ils faisaient tomber du côté par lequel ils étaient venus.

Ils travaillaient si bien qu’en moins d’une heure ils eurent formé un abatis énorme, impossible à franchir ; cet abatis leur formait, du côté de la savane, un inexpugnable rempart derrière lequel, en cas d’attaque, ils pouvaient soutenir un long siège sans craindre d’être forcés.

Du côté du fleuve, l’accore était à pic.

Toute escalade était impossible.

Le sommet de la colline était complétement boisé.

Les Canadiens ne touchèrent pas un arbre, pas un buisson.

Les voyageurs trouvaient là un abri naturel à l’épreuve des balles et des flèches des Peaux-Rouges ou des autres ennemis qui les menaceraient.