Page:Aimard - Les Peaux-Rouges de Paris.djvu/308

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ayons à nous défendre contre l’un de ces quatre ennemis, ou peut-être contre tous à la fois.

En ce moment, bien qu’il n’y eut pas un nuage au ciel, la pluie commença à tomber avec force et prit bientôt les proportions d’un véritable déluge.

Ce fait extraordinaire, tout incroyable qu’il paraisse, se produit assez souvent dans les régions chaudes de l’Amérique.

Tout voyageur qui a résidé pendant quelque temps dans ces contrées en a certainement été plusieurs fois témoin.

Rien de plus singulier, par une chaude journée, le soleil brillant dans toute sa force, et le ciel d’une égale couleur 1 indigo, sans un nuage grand comme la main, que de se sentir assailli à l’improviste par une pluie diluvienne.

Ou parfois, pendant une nuit claire, transparente, avec un ciel d’un bleu profond, semé à profusion de millions d’étoiles étincelantes, de recevoir tout à coup une averse drue et serrée, qui dure souvent pendant une heure, et quelquefois plus, sans qu’il soit possible de découvrir les causes déterminantes de cette bizarre anomalie.

Cette fois, ce fut ce qui arriva.

Pendant plus de trois quarts d’heure, la pluie raya l’atmosphère avec une force inouïe, changeant tous les ravins en torrents et déversant d’énormes masses d’eau sur la terre, et cela bien que le ciel eût conservé toute sa pureté, et que les étoiles continuassent à briller et à répandre leur douce et mélancolique clarté sur le paysage.

Chacun s’était hâté de chercher un abri précaire contre cette trombe humide, qui faisait rage, et pendant quelques instants prit une intensité véritablement effrayante.

Puis soudain, sans transition, la pluie s’arrêta comme elle avait commencé, l’atmosphère reprit sa première limpidité.

Et n’eussent été les cascades improvisées qui achevaient de tomber du haut des pentes dans la plaine, et les innombrables flaques d’eau, dans lesquelles se miraient