Page:Aimard - Les Peaux-Rouges de Paris.djvu/320

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Les chasseurs, habitués à vivre seuls, ont la coutume de parler ou plutôt de penser haut, lorsque leur esprit est fortement surexcité.

Le Canadien reprit son monologue.

— C’est une bénédiction du bon Dieu, dit-il en riant, que cette idée soit venue à ce grand coquin qui se promène là-bas, de s’allier à ces vagabonds rouges. Sans doute, il nous croit beaucoup plus nombreux que nous ne le sommes ; tant mieux ! cette prudence nous donnera au moins trois heures, et trois heures dans notre position, cela peut être le salut pour nous. Va, dépite-toi, frappe du pied, mon bonhomme, fit-il en riant, cela ne les fera pas venir une minute plus tôt.

Toute son attention se fixa alors sur le point de l’horizon où les Indiens et les cavaliers après eux avaient disparus.

Plus d’une heure s’écoula sans que rien de suspect attirât son regard.

Le chef des aventuriers, sans doute fatigué de la promenade, s’était étendu sur le sol, roulé dans son manteau, les pieds au feu, et s’était endormi.

La plupart des aventuriers, excepté les sentinelles, avaient suivi son exemple.

Un silence profond couvrait la savane, où cependant s’agitaient en ce moment tant d’intérêts contraires.

Le Canadien interrogea le ciel il était plus de minuit.

La moitié de la nuit était écoulée, dans cinq heures et demie le soleil se lèverait.

Mais en cinq heures, combien de crimes peuvent se commettre dans les ténèbres !

En ce moment le Canadien entendit du bruit dans les branches de l’arbre qui lui servait d’observatoire.

Quelqu’un montait près de lui.

Il regarda et reconnut Armand de Valenfleurs.

— Ah ! ah ! c’est vous, monsieur le comte, dit-il.

— Oui, mon ami, je suis curieux de savoir ce que vous faites depuis si longtemps là-haut.