Page:Aimard - Les Peaux-Rouges de Paris.djvu/325

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les Apaches les reprendront, répondit le chef avec hauteur. Les Apaches sont les maîtres de la prairie.

L’aventurier se mordit les lèvres, mais il répondit avec la même courtoisie, sans relever ce que les paroles du Peau-Rouge avaient d’outrecuidant et d’insultant pour lui.

— Les Apaches sont de grands guerriers ; aussi ai-je voulu leur prouver mon estime, en leur expédiant deux hommes de confiance, afin de leur proposer de se joindre à moi, dans une expédition que je médite, et dont les résultats seront aussi avantageux pour les guerriers apaches que pour nous-mêmes.

— Que veut dire le chef pâle ? et de quelle expédition parle-t-il ? répondit le chef indien.

— Que mon frère regarde : là-bas, en face de nous, sur le sommet de cette colline dont les pieds trempent dans le fleuve, sont embusqués des faces pâles ; ils ont avec eux deux femmes et emmènent plusieurs mules chargées de richesses.

— Que désire le chef pâle ?

— Que mes frères Apaches m’aident a m’emparer de ces faces pâles et de leurs richesses.

— Bon ! Et quel avantage retireront mes guerriers de ces captures ?

— Celui-ci ; les prisonniers et les richesses seront partagés également entre les aventuriers et les chefs apaches.

Les préliminaires de l’association ainsi posés, la négociation ne pouvait être longue entre hommes aussi cupides et aussi féroces les uns que les autres.

Elle devait aboutir à la satisfaction générale.

Chacune des parties contractantes se réservant, bien entendu, in petto, l’affaire faite, de ne tenir aucun des engagements pris et d’en appeler à la force pour se débarrasser d’un associé devenu inutile.

Le chef des aventuriers fit apporter une cruche d’eau-de-vie pour sceller la réussite de la négociation.

Les Apaches sont ivrognes, c’est leur moindre vice.