Page:Aimard - Les Peaux-Rouges de Paris.djvu/326

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Ils n’abandonnèrent la cruche, qui contenait près de six litres d’eau-de-vie, que lorsqu’elle fut complètement vide.

Ils exigèrent de plus qu’on leur livrât un barillet de cette liqueur, si pernicieuse pour leur race.

Ils voulaient l’emporter avec eux, afin de faire boire leurs guerriers et les bien disposer pour la bataille.

L’aventurier leur accorda cette demande, ce qui leur causa une vive joie.

Puis on convint que, une heure plus tard, les deux troupes seraient réunies et commenceraient l’attaque de concert, et par tous les côtés à la fois.

Enfin, les trois sachems apaches se levèrent, et se mirent en selle en titubant légèrement.

Ils partirent en emportant le barillet d’eau-de-vie, et en donnant leur parole qu’ils seraient exacts au rendez-vous, et qu’ils arriveraient à l’heure dite : c’est-à-dire à trois heures et demie du matin.

— Sales ivrognes, brutes ignobles, murmura le chef des aventuriers, tout en les suivant du regard, tandis qu’ils filaient à fond de train à travers la savane. Cette eau-de-vie que vous aimez tant est tout ce que vous obtiendrez de moi !

Et il les menaça du poing.

L’aventurier avait dit vrai sans s’en douter.

Les Apaches connaissaient trop bien les bandits pour se fier à leur parole.

En se rendant au campement, les sachems n’avaient pas d’autre but que celui de leur jouer quelque mauvais tour.

Quant à s’associer aux pirates, jamais ils n’en n’avaient eu l’intention.

Ils s’étaient gorgés d’eau-de-vie ; ils emportaient avec eux un barillet contenant une cinquantaine de litres.

Cet escamotage les ravissait ; ils n’en demandaient pas davantage.

Tout en galopant, ils se félicitaient du succès de leur fourberie et riaient d’avoir pris pour dupes des trompeurs