Page:Aimard - Les Peaux-Rouges de Paris.djvu/327

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émérites comme les pirates, dont, au reste, ils ne redoutaient nullement la colère.

Charbonneau, qui, du haut de son observatoire, les surveillait attentivement du regard, vit les trois chefs rejoindre leurs compagnons, conférer pendant quelques instants avec eux, puis, à un signal donné, toute la troupe tourner bride du côté du rio Gila, et bientôt disparaître à l’horizon.

Le Canadien avait tout compris.

Il fut pris d’un fou rire à ce dénoûment, qu’il avait prévu en voyant circuler la cruche et apporter le barillet, et il frotta joyeusement ses mains l’une contre l’autre.

Puis il expliqua à Armand toute la scène, telle qu’il l’avait comprise, ce qui fit grand plaisir au jeune homme.

Avoir trente démons de moins à combattre, dans la lutte qui se préparait, n’était pas un mince avantage.

Cependant la nuit s’avançait, les heures s’écoulaient lentement les unes après les autres.

Vers trois heures et demie, Charbonneau remarqua une certaine inquiétude parmi les aventuriers.

Sans doute, les bandits attendaient leurs alliés et se préparaient à les recevoir.

Bientôt plusieurs aventuriers montèrent à cheval et poussèrent des reconnaissances dans la savane.

Mais les éclaireurs rentrèrent les uns après les autres, en annonçant qu’ils n’avaient rien vu, et que, aussi loin que la vue pouvait s’étendre, la savane était déserte.

Le chef des aventuriers frappait du pied, mordait sa moustache et blasphémait à faire tomber les étoiles, mais rien n’y faisait.

Les Apaches n’apparaissaient pas.

L’aventurier était blessé dans son orgueil, il avait été joué et pris pour dupe par des sauvages abrutis auxquels il accordait à peine le nom d’hommes, et qu’il s’était flatté de tromper.

C’était par trop fort, l’affaire était grave, elle lui donnait un ridicule énorme aux yeux de ses hommes, dont