Page:Aimard - Les Peaux-Rouges de Paris.djvu/349

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les pays nouveaux tels que celui où nous sommes en ce moment sont habités par une population de masques.

— Je ne vous comprends pas, monsieur, qu’entendez-vous par une population de masques ?

— Je veux dire, madame, que dans les savanes du territoire indien, personne ne porte son nom véritable, et que, pour une raison ou pour une autre, chacun se retranche derrière un sévère incognito.

— Ah ! très bien ! aussi vous avez pris le nom de Cœur-Sombre et votre ami celui de Main-de Fer, n’est-ce pas cela, monsieur ?

— Précisément, madame ; du reste, ces noms, nous ne les avons pas pris, on nous les a donnés, et nous les avons acceptés pour nous conformer aux habitudes généralement adoptées au désert, voilà tout.

— Mais probablement les autres n’ont pas de motifs aussi honorables que les vôtres pour cacher leurs noms ?

— C’est ce que j’ignore, madame ; mais comme la plupart des aventuriers, des coureurs des bois ou des chercheurs d’or sont des déclassés, des parias de toutes les civilisations du vieux monde, peut-être ont-ils des raisons sérieuses pour cacher soigneusement leur véritable personnalité. Tout me porte à soupçonner ce Mayor dont nous parlons d’être dans ce cas.

— Quel qu’il soit, cet homme, quand je l’ai entrevu ce matin, m’a fait, sans que j’en puisse deviner la cause, une impression terrible ; mon cœur s’est serré ; j’ai failli m’évanouir. Il ne soupçonnait pas ma présence. Je l’examinais sans qu’il me vît. La tente n’était que faiblement éclairée par une bougie renfermée dans une lanterne et posée à terre. Je voyais mal son visage à demi-caché sous les larges ailes de son sombrero ; mais je ne sais pourquoi je me sentais frissonner en le regardant ; il me semblait retrouver dans ces traits à peine distincts une époque éloignée de ma vie, sans pourtant réussir à me rappeler le nom de la personne à laquelle j’attribuais cette ressemblance, qui cependant avait pour moi quelque chose de fatal. Mais le Mayor, puisque tel est le nom,