Page:Aimard - Les Peaux-Rouges de Paris.djvu/35

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Et, s’approchant de la jeune femme :

— Veuillez me croire, madame, lui dit-il respectueusement, un des plus dévoués…

— Non, pas ainsi, Julian mon frère, appelez-moi Léona, je le veux et aimez-moi comme je vous aime, votre père et vous.

Et, se penchant vers lui, elle lui tendit son front, sur lequel le jeune homme posa respectueusement ses lèvres.

— Et maintenant, au revoir, à bientôt, mon frère Julian, reprit-elle avec un doux et mélancolique sourire.

Le jeune homme essaya vainement de répondre à ces affectueuses paroles, son émotion était trop vive pour qu’il lui fût possible de prononcer un mot ; il s’inclina une dernière fois devant la belle malade et quitta la chambre.

Sans l’événement extraordinaire qui s’était produit à l’improviste, et avait fixé sur un autre point toutes les pensées du docteur, celui-ci aurait accompagné son fils à la veillée, non pas pour exercer une surveillance quelconque sur les actions du jeune homme, mais afin de se rendre un compte exact du degré d’intimité qui régnait entre lui et la belle Denisà, ainsi qu’on la nommait dans le village.

Le docteur croyait à une amourette sans importance ; son intention bien arrêtée était d’y couper court, avant qu’elle se changeât en un amour véritable. Il connaissait son fils, il savait que dès que celui-ci éprouverait une passion sérieuse, et contracterait un engagement d’honneur, rien ne pourrait l’empêcher de le tenir ; voilà pourquoi il voulait, ainsi qu’il le disait lui-même, prendre l’avance et couper le mal dans sa racine.

Un mariage entre Denisà et son fils ne lui convenait que médiocrement ; non pas qu’il y eût quelque reproche à adresser soit à Denisà, soit à sa famille, bien loin de là ! Denisà était non seulement la plus belle de toutes les jeunes filles à dix lieues à la ronde, mais encore la plus sage et la plus véritablement innocente ; jamais une pensée mauvaise n’avait terni la pureté de son âme candide, cristal sans tache qui n’avait jamais reflété que de chastes images.