Page:Aimard - Les Peaux-Rouges de Paris.djvu/356

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— Mille grâces, madame. Je reprends ou plutôt je termine ; car je n’ai plus que quelques mots à ajouter. Ma surprise fut grande la dernière fois que je visitai Santa-Fé d’apercevoir sur la place Mayor des ruines à peine refroidies, des monceaux de cendres et de débris de toutes sortes, sur l’emplacement occupé par la maison que si souvent j’avais admirée. Je n’en pouvais croire mes yeux ; c’était un spectacle véritablement lamentable. Je m’informai à ma vieille propriétaire ; elle me raconta toute l’histoire, presque dans les mêmes termes que vous, madame, me l’avez racontée. Vers onze heures du soir, une nombreuse troupe de bandits, tous à cheval, s’était introduite dans la ville endormie ; ils avaient entouré la maison, forcé les portes et les fenêtres, avaient égorgé les péons, surpris dans leur sommeil, puis ils s’étaient mis à piller, à briser les meubles, en poussant de grands cris ; ils avaient amené des mules avec eux et s’étaient partagé la besogne, les uns pillaient, les autres faisaient des ballots et chargeaient les mules ; puis lorsqu’ils n’avaient plus rien trouvé qui méritât d’être emporté, ils avaient jeté des torches brûlantes dans toutes les chambres et s’étaient retirés. Derrière eux, la maison s’était allumée comme un phare, avait flambé toute la nuit, et s’était écroulée, sans que personne essayât d’arrêter l’incendie. La population, effrayée par le nombre de ces audacieux bandits, les avait laissés partir sans les inquiéter, du reste, ils avaient opéré leur retraite en bon ordre, et sans causer aucun autre dégât. Quant aux maîtres de la maison, personne ne les avait vus et n’en avait eu de nouvelles ; on supposait, ou qu’ils avaient été égorgés, ou qu’ils avaient péri sous les ruines de la maison. Voilà, madame, tout ce que je puis vous dire.

— Ne trouvez-vous pas toutes ces coïncidences étranges ? Et ne pensez-vous pas comme moi que vos renseignements complètent les miens ? dit la comtesse après un instant.

— Pardon, madame, je vois des faits extraordinaires, qui, à première vue, semblent, en effet, se compléter les