Page:Aimard - Les Peaux-Rouges de Paris.djvu/358

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— Allons ! dit la comtesse avec un soupir de découragement, j’avais eu un instant d’espoir ; il me faut y renoncer. Je suis heureuse cependant que ma chère Vanda ne soit pas la fille d’un bandit et d’un assassin.

— À ceci, madame, on pourrait répondre bien des choses.

— Comment cela, monsieur ? Je ne vous comprends pas ; veuillez, je vous prie, me faire connaître votre pensée tout entière.

— À quoi bon, madame ?

— Parlez donc, monsieur, vous voyez que j’attends ! reprit la comtesse en fronçant le sourcil.

Cœur-Sombre pâlit et se mordit les lèvres.

Mais, se remettant aussitôt

— Je vous obéis, madame, dit-il d’une voix dure. Vous voulez connaître ma pensée tout entière, la voici. Quant à moi, je suis convaincu que, quel que soit le père de cette pauvre enfant, c’est, s’il vit encore, ou c’était, s’il est mort, un coquin de la pire espèce. La fortune considérable sauvée du pillage et emportée par la mère le prouve d’une façon péremptoire : les honnêtes gens n’ont pas à l’improviste à leur disposition des sommes aussi considérables, surtout en or, diamants, bijoux et billets de banque ; et je ne parle que pour souvenir de ces mules chargées d’incalculables richesses, qui venaient si fréquemment se décharger de leur précieux fardeau dans cette maison.

— Vous êtes devenu bien sceptique, monsieur, depuis que j’ai eu l’honneur de vous voir, dit la comtesse avec un sourire railleur. Est-ce la vie du désert qui vous a rendu ainsi ?

Et elle ajouta, en éclatant d’un rire plein de sarcasme :

— Vous ne croyez plus à rien qu’au mal. Vous le voyez partout.

— C’est que, depuis bien longtemps, madame, je cherche le bien sans le trouver nulle part, répondit-il avec un accent glacé, en s’inclinant avec une politesse ironique sur le cou de son cheval.