Page:Aimard - Les Peaux-Rouges de Paris.djvu/37

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n’étaient plus les mêmes que ceux employés jadis par ses ancêtres ; alors on se taillait des fiefs à coups d’épée ; aujourd’hui la science, et surtout l’argent, forçaient seuls les portes et permettaient d’atteindre les hauts sommets, que bien peu d’élus réussissent à gravir. La science, Julian la possédait ; il avait passé une thèse remarquable, malgré son âge encore peu avancé, thèse qui avait eu un grand retentissement et un succès réel dans le monde savant, et surtout parmi les hauts bonnets de la médecine. Restait l’argent ; le docteur d’Hirigoyen en avait ; sa fortune s’élevait à environ dix-huit ou vingt mille livres de rente ; ce qui est énorme dans un pays comme celui qu’il habitait. Cette fortune, toute belle qu’elle était aux yeux des pauvres montagnards, était en réalité bien peu de chose à Paris, où il désirait voir son fils se fixer ; mais, sans une grande fortune, le succès à Paris est presque impossible ; comment atteindre le résultat désiré ? par un mariage ; la dot de la fiancée comblerait le déficit. Le docteur Julian d’Hirigoyen, riche de quarante mille livres de rente, bien apparenté, savant, doué d’une haute intelligence, arriverait indubitablement à tout ; il serait conseiller général, député, ministre même ; ce qui serait facile ; la médecine et le barreau mènent à tout aujourd’hui ; et ainsi le docteur Julian rendrait à son nom cette splendeur dont il avait brillé jadis, et depuis trop longtemps ternie.

Tel était le rêve ambitieux que le docteur d’Hirigoyen faisait pour son fils, les douces illusions dont il se berçait pour son avenir ; mais il se gardait bien de lui en parler. Il cachait précieusement son secret au fond de son cœur, se contentant de mettre tout doucement le jeune homme sur la pente qu’il désirait lui faire suivre ; convaincu qu’une fois lancé, il la suivrait tout naturellement, et sans même essayer de dévier, soit à droite, soit à gauche.

Julian était rentré depuis une quinzaine de jours dans la maison paternelle ; le docteur comptait beaucoup sur la monotonie de la vie de village dans ces montagnes