Page:Aimard - Les Peaux-Rouges de Paris.djvu/398

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terreur, sans réflexions, sans calcul d’aucune sorte, et pourtant mon action dépassait toutes les limites de la folie. Que pouvais-je faire ? Rien, n’est-ce pas ? sinon me laisser déchirer par le tigre, sans profit pour celle que je prétendais sauvegarder, et que ma mort même ne sauverait pas ; et cependant, malgré toutes les prévisions de la logique, avec ce seul bras, je tuai le jaguar de mon premier coup de carabine ; et ta femme, que tu adores, dis-tu, dont la disparition t’avait presque rendu fou de douleur, était sauvée par moi, l’éclopé, l’infirme.

— C’est vrai, ami Felitz, répondit le Mayor avec sentiment, en lui serrant affectueusement la main. Tu as fait cela ; et, crois-le bien, je t’en suis profondément reconnaissant. Je ne refuse pas de te prêter mon aide, je ne fais que l’ajourner. Donne-moi le temps de réparer mes pertes et de prendre mes mesures ; car, cette fois, je veux en finir avec mes ennemis, et tirer d’eux une éclatante vengeance. Quelques jours de plus ou de moins ne signifient rien, quand il s’agit de réussir.

— Mais, réussirons-nous ?

— Oui, si tu me laisses faire et me donnes le temps nécessaire.

— Combien veux-tu ?

— Un mois.

— C’est beaucoup.

— Je le sais. Aussi ne te demandé-je un mois que pour avoir liberté entière ; probablement, je serai prêt bien plus tôt.

— Enfin, puisque tu l’exiges, j’attendrai. T’es-tu informé de cette enfant de la comtesse ?

— Oui, fit-il d’une voix sombre.

— Eh bien ?

— Ce n’est pas elle. Cette enfant a été adoptée par la comtesse, il y a longtemps déjà. Elle est orpheline et se nomme Rosario.

— Tu en es sûr ?

— Très sûr ; l’homme qui m’a donné ces renseignements n’avait aucune raison pour me tromper ; c’est un