Page:Aimard - Les Peaux-Rouges de Paris.djvu/400

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


— Comme il te plaira, bonsoir donc.

Il se leva, étira ses membres, et bâilla deux ou trois fois.

Il prit son manteau espagnol jeté sur le dossier d’un meuble, et se rapprocha du feu près duquel il avait l’intention de se coucher.

En ce moment, un bruit de pas précipités, qui se rapprochaient rapidement, se fit entendre dans le fond de la grotte.

— Qu’est cela ? murmura le Mayor, en se redressant, et prenant à sa ceinture un revolver qu’il arma.

Un homme parut et dit ce seul mot :

— Ami !

Le Mayor fit un geste de surprise.

— C’est toi Sébastien, s’écria-t-il ?

— Moi-même, mon colonel, Mayor, veux-je dire.

Et il s’approcha.

Bientôt il se trouva en pleine lumière.

— Comme tu es fait ! s’écria le Mayor en l’examinant avec surprise ; tu sembles bien fatigué ?

— Je ne sais comment je me tiens encore debout.

— Assieds-toi, dit le Mayor en lui présentant un fauteuil.

— Merci, dit-il, je suis rompu, je ne vois plus clair.

Il se laissa tomber épuisé dans le fauteuil.

— Ouf ! reprit-il, après un assez long silence, je me sens mieux ainsi ; je suis à demi mort de fatigue, et surtout de faim ; je n’ai pas mangé depuis quarante-six heures.

— Qu’as-tu fait de ton cheval ?

— Je l’ai laissé mort, avant-hier, dans la Savane. Depuis ce temps, je marche. Hum ! la course a été dure, surtout avec ce damné cordonnazo ; j’ai cru dix fois que je n’arriverais jamais et que je mourrais comme un chien dans la savane. Mais il y a un Dieu pour les honnêtes gens, ajouta-t-il avec un ricanement sinistre ; et me voilà !

— Mais que t’est-il donc arrivé ?