Page:Aimard - Les Peaux-Rouges de Paris.djvu/404

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Oyandi ; et il ajouta en riant, est-ce que vous parlez le danois, vous, Mayor ?

— Mais oui, répondit celui-ci, je parle et je comprends toutes les langues usitées en Europe.

— C’est très avantageux pour vous. Puisque je ne comprendrai pas, il est inutile que je reste là à vous écouter ; je vais m’étendre un peu devant le feu, et j’essaierai de dormir.

— Allez, mon ami, je ne vous retiens pas.

— Je le vois bien, répondit-il en riant.

Il s’étendit sur le sol, se roula dans son manteau et s’endormit presque aussitôt.

— Maintenant, nous pouvons causer, dit le Mayor.

— En danois, oui.

— À quoi bon ? Ne vois-tu pas qu’il dort ?

— Bon ! qui sait ? Il dort peut-être en gendarme, les yeux fermés et les oreilles ouvertes : mieux vaut prendre ses précautions.

— Fais ce que tu voudras, mais parle, au nom du diable !

— Cette affaire vous regarde seul, mon colonel. Quand vous la connaîtrez, vous me remercierez d’avoir pris toutes ces précautions que, maintenant, vous trouvez absurdes.

— Soit, parle vite.

Il y eut un court silence.

Puis tout à coup le matelot, se penchant vers celui qu’il nommait son colonel, lui dit en danois, et presque à voix basse, en jetant machinalement un regard effrayé autour de lui :

— Mon colonel, êtes-vous bien certain que la femme que nous avons enterrée là-bas soit morte ?

Le Mayor fit un bond de tigre, et, saisissant le matelot à la gorge :

— Es-tu ivre ou fou, misérable ? s’écria-t-il avec une rage indicible, en même temps que son visage devenait livide.

— Jeu de mains, jeu de vilains, mon colonel ; lâchez-